La Bulle IA : Et si le Futur Technologique était une Question de Pouvoir à Reprendre ?
Et si la fièvre de l’IA n’était, au fond, qu’une immense illusion – un spectacle où quelques géants jonglent avec des milliards pendant que vous, porteurs d’idées, restez spectateurs ? Pourtant, derrière ce bal de la spéculation, une vérité s’impose : l’intelligence artificielle n’est pas une baguette magique, mais un terrain d’opportunité – à condition de rebattre les cartes de la valeur et de l’impact collectif.
L’intelligence artificielle, ou l’art de détourner les rêves humains ?
C’est sur les scènes où les ambitions individuelles devraient s’exprimer que l’histoire de l’IA contemporaine se joue… mais à huis clos. Derrière l’éclat des promesses de révolution, la réalité expose un décor peuplé d’acteurs triés sur le volet – les fameux « Sept Magnifiques ». Tandis qu’Amazon, Alphabet, Meta, Apple, Microsoft, Nvidia et Tesla captent l’essentiel des investissements, la majorité se voit imposer le rôle de figurant. L’innovation réelle, celle qui change nos vies, s’efface derrière un rideau de spéculation et de montages financiers savamment orchestrés.
Quand le capital fuit, l’humain patiente
Depuis des années, le capital inonde le secteur de l’IA à la recherche de nouveaux horizons. Mais qu’en retirons-nous, à titre d’individus, d’artisans du quotidien ou de collectifs porteurs de solutions ? Trop souvent, la « valeur » produite reste virtuelle. Les droits sur une rentabilité future, bien plus prometteurs pour les bilans que pour la société, éloignent le financement de ce qui devrait compter : la création, la résolution de problèmes concrets, l’émancipation des talents et des idées.
La tragédie, c’est que la majorité de ces milliards s’évapore sans impacter l’expérience utilisateur, sans transformer notre manière d’apprendre, de guérir, de coopérer. Voilà ce que Marx, il y a près de 150 ans, avait brillamment compris : lorsqu’une économie ne sait plus investir pour le collectif, elle organise sa fuite en avant dans des bulles qui, tôt ou tard, éclatent au détriment des bâtisseurs et des rêveurs.
Le vrai pouvoir de l’IA : raviver la capacité d’agir
L’histoire récente est truffée de bulles qui sont venues briser les élans des créateurs : la dotcom en 2001, la crise des subprimes en 2008, et demain l’IA ? Toutes ont un point commun : elles relèguent l’humain à la périphérie d’un jeu dont les dés sont pipés. Pourtant, chaque crise recèle une opportunité inespérée. Lorsque les bulles éclatent, ce sont les plus audacieux, ceux qui se réapproprient la technologie pour eux-mêmes ou pour leur communauté, qui bâtissent le prochain monde – plus juste, plus utile, plus humain.
Si l’IA ne doit pas être un caprice de spéculateurs, alors il nous revient de la rendre intelligible, accessible, porteuse de sens pour l’ensemble de la société. Imaginons des outils qui ne servent pas à doper artificiellement les cours de Bourse, mais à révolutionner l’enseignement collaboratif, à fluidifier la solidarité locale, à catalyser des vocations scientifiques insoupçonnées. Voilà le chantier qui s’ouvre à nous, à condition de sortir du pilotage automatique des marchés financiers.
L’urgence collective : reprendre la maîtrise de l’innovation
Sommes-nous condamnés à subir cette financiarisation, ou pouvons-nous retourner la dynamique à notre avantage ? Pour que l’IA serve nos projets de vie, il faut exiger des modèles qui irriguent la société dans sa diversité, et encourager les initiatives de terrain :
- Collectiviser l’expérimentation : soutenir les laboratoires citoyens, les tiers-lieux numériques, les incubateurs ancrés dans les territoires.
- Flécher les investissements vers le réel : privilégier les projets dont l’impact se mesure en progrès éducatif, sanitaire ou environnemental, plutôt qu’en profits de court terme.
- Revendiquer la transparence et la gouvernance partagée : exiger que les outils d’IA soient pensés avec, et pour, leurs utilisateurs, au service de leurs aspirations.
Demain, la crise ou la renaissance collective ?
Chaque phase spéculative porte la marque de ses oubliés. Si la bulle IA éclate, le vieux schéma se répétera-t-il : concentration du pouvoir, fragilisation des plus vulnérables, délitement du tissu social ? Ou saura-t-on, cette fois, transformer l’épreuve en levier pour renouer avec l’esprit pionnier des bâtisseurs, pour multiplier les projets à visage humain ?
L’avenir de l’IA ne se jouera pas seulement dans les salles de marchés, mais dans les choix que chacun d’entre nous fera : s’emparer de l’outil pour créer, s’entraider, bâtir du sens, ou laisser une poignée d’acteurs décider, seuls, du futur commun. La technologie comme pinceau, l’humain comme artiste – c’est ainsi que l’IA pourra, enfin, tenir ses promesses.