Bulle IA : quand le capitalisme recycle ses vieux tours sous le vernis de l’innovation
L’intelligence artificielle suscite des fantasmes, des levées de fonds phénoménales et des prophéties d’un avenir radieux, mais derrière chaque forfait cloud et chaque modèle linguistique XXL se cache une mécanique bien huilée : celle de la suraccumulation capitaliste qui cherche toujours une nouvelle bulle où se lover. Marre de l’euphorie pilotée par la Silicon Valley ? Accrochez-vous, car derrière le grand spectacle de l’innovation se profile une crise annoncée, vieille comme Marx… C’est le moment de chausser vos lunettes anti-hype.
Le bal des capitaux perdus : l’IA comme ultime terrain de jeu des milliardaires
Imaginez l’ambiance : Sam Altman lâche "Bulle !" à San Francisco, Wall Street fait la grimace, Peter Thiel se débarrasse de ses actions Nvidia comme on largue un ticket de loto perdant. Les journaux s’affolent, les traders transpirent, et 95 % des pilotes IA échouent à dépasser le stade du PowerPoint. Voilà de l’innovation, vraiment ?
La réalité est plus grinçante : cet afflux délirant de cash dans l’IA, c’est d’abord le signe d’un capitalisme qui tourne à vide, jetant des milliards sur des promesses virtuelles faute de vraies pistes de croissance. L’innovation n’est pas un miracle ; c’est une cavalerie, recyclée à chaque nouvelle "révolution" technologique. Ne vous laissez pas hypnotiser par les codings angels : la fièvre IA n’est que le dernier avatar de la vieille suraccumulation, version cloud et GPU.
Les géants, magiciens du trompe-l'œil
Ne cherchez pas la nouveauté dans la Silicon Valley : la seule chose qui croît durablement, c’est le pouvoir de concentration autour d’une poignée de géants – vos fameux "Magnificent Seven" (Amazon, Apple, Meta…). Sans eux, la Bourse ferait pâle figure. On parle d’innovation, mais le vrai tour de magie consiste à donner l’illusion d’un boom généralisé alors qu’il ne concerne qu’une poignée d’acteurs. Sous la surface, l’économie réelle tousse, l’investissement décroche – mais l’indice explose. Cherchez l’erreur !
Marx, Harvey et la grande valse des capitaux fictifs
On rit souvent des barbes du XIXe siècle, mais Marx avait flairé le jeu : trop de capital, pas assez de débouchés productifs. Résultat ? On rêve sur les valorisations, on parie sur l’avenir, on empile les "droits de rendement futur". David Harvey a complété la partition – quand il n’y a nulle part où placer son or, on invente une nouvelle frontière : l’IA, ses data centers assoiffés et ses mines d’énergie.
Le hic : chaque palliatif repousse la crise un peu plus loin… et l’addition, elle, s’alourdit. Car les pertes ne disparaissent jamais, elles se déplacent – le plus souvent, vers les moins armés pour les encaisser.
L’addition pour les invisibles et le grand bal du crédit
Bulle ou pas, les dégâts sont très concrets : automates qui aspirent le travail, start-ups qui fondent comme neige au soleil, ménages invités à s’endetter pour suivre le rythme – tout ça piloté par la haute finance et recouvert d’un vernis "démocratique" d’accès à la tech. Plus ou moins comme la bulle internet ou les subprimes : quand tout s’effondre, on organise le sauvetage… des mêmes. L’espoir n’est pas une stratégie, surtout quand on ne tient pas les manettes.
Réaliser la bulle pour s’en défaire (ou la dompter)
Alors, faut-il fuir l’IA comme la peste spéculative ? Pas si vite. Garder son esprit critique, c’est aussi identifier ce qui mérite d’être sauvé du bain de bulles. L’IA subsistera – recentrée, dégonflée, plus utile peut-être, et (soyons fous) délestée des histoires de licornes. Mais pour cela, il nous faut choisir nos usages, rompre avec le culte de "l’innovation pour l’innovation", et militer pour des investissements utiles : des IA conçues pour servir le bien commun, et non la prochaine combine d’enrichissement éclair.
Penser après la bulle : la souveraineté ou le mirage ?
À qui profite l’idée que chaque tsunami technologique effacerait d’un coup les ratés structurels du capitalisme ? Surtout à ceux qui ont intérêt à ce que l’on regarde ailleurs, pendant que les vraies questions – stabilité sociale, impact environnemental, dépendance à l’endettement – sont mises sous le tapis.
La prochaine fois que la hype vous submerge, souvenez-vous : l’avenir ne se joue pas à Las Vegas, mais dans la façon dont nous décidons (collectivement ou individuellement) d’utiliser ce que nous appelions jadis "innovation". Aucun algorithme ne vous retirera votre esprit critique – à condition de l’user sans modération.